Pourquoi je n'ai pas voté sarkozy

Publié le par David Dahomay

Ne voulant me résoudre à la vitoire de Nicolas Sarkozy, et bien que conscient des insuffisances de Ségolène Royal, j'avais fait circuler sur Internet ce texte, sans appel pour le candidat de l'UMP. Force est d'admettre qu'une partie de ce qui était dénoncé dans ce texte s'est révélé exact.

Pourquoi je ne voterai pas SARKOZY

 

D’abord parce que je suis républicain. Ensuite parce que je suis de gauche.

Or Nicolas Sarkozy n’est pas simplement le digne représentant de la « droite décomplexée » : avec lui, s’il était élu, notre modèle social français serait mis à mal, les Français se dresseraient les uns contre les autres, l’Etat du tout sécuritaire triompherait de l’Etat de droit, les libertés individuelles en pâtiraient, nous constaterions une dérive dictatoriale du pouvoir, et notre pacte républicain se disloquerait. Est-il encore vraiment utile de fournir les preuves de nos assertions ?

 

Renouant avec le vocabulaire de la droite nationaliste des années 1930 - « la racaille étrangère dans la France dépotoir » - l’ex-ministre de l’Intérieur s’adressait en des termes indignes d’un homme d’Etat aux jeunes des banlieues : la racaille qui doit être nettoyée au Kärcher ! Quoi qu’on dise, ses propos outranciers ont attisé l’embrasement des cités en novembre 2005. Au minimum, Nicolas Sarkozy aurait dû adresser des excuses publiques et exprimer des regrets après de tels accès de langage. Il n’en fut rien, tout au contraire : « Kärcher en septembre, 200 000 adhérents [à l’UMP] en novembre. » « Racaille, le vocable était sans doute un peu faible. »

 

Ce grand admirateur de Georges Mandel - homme d’Etat du début du siècle connu pour son faible attachement aux principes et son appétit inégalé du pouvoir - a beau revendiquer, même tardivement, l’héritage du Général de Gaulle, on a peine à le croire. Il faut bien avouer qu’entre lui et le Général, la distance est infinie. Et pour cause : en désacralisant la distinction pourtant essentielle entre vie publique et sphère privée, en  laissant entendre que la République doit accorder une plus grande place aux religions et qu’il faut réformer la loi de 1905 sur la laïcité, en déclarant sa flamme aux néo-conservateurs américains – « certains en France m’appellent Sarkozy l’Américain, j’en suis fier… Je partage beaucoup des valeurs américaines » - quitte à critiquer la position française sur la guerre d’Irak et à dénoncer « l’arrogance » de notre grand pays,  Nicolas Sarkozy tourne effrontément le dos à tout ce qui fait la splendeur républicaine de l’homme de l’appel du 18 juin. Pourtant, « la France ne peut être la France sans grandeur » (Charles de Gaulle).

 

Et que penser du profond mépris dont fait preuve Nicolas Sarkozy à l’égard de l’autorité et de l’indépendance de la Justice ? En s’attaquant publiquement à une décision souveraine d’un collège de trois magistrats - « le juge qui a remis en liberté le meurtrier…devra payer pour sa faute » -, en demandant le départ du président du tribunal de Bobigny suspecté outrageusement de laxisme à l’égard de mineurs délinquants, cet ancien membre de l’exécutif alors en fonction a porté une atteinte grave au principe constitutionnel majeur de la séparation des pouvoirs ; atteinte qui fera date dans l’histoire de la  Ve République. Désavoué par le Conseil supérieur de la magistrature et par le président de la République lui-même, ce despote en herbe s’entête et s’en remet à l’opinion publique : « Quel est mon juge ? Les Français. » Prendre à témoin le peuple face aux élites qui l’auraient trahi, n’est-ce pas tout simplement du populisme ?

 

 L’indépendance de la presse à l’égard du pouvoir est aussi  une condition essentielle d’une véritable démocratie. Or, l’ex-ministre de l’Intérieur ne cache pas sa proximité avec les principaux propriétaires des groupes de presse et des médias audio-visuels (Le Figaro, TF1, Europe 1, LVMH), et a noué intimité avec nombre de journalistes, exerçant même sur certains un réel pouvoir de fascination. Dès lors, comment s’étonner de son omniprésence dans les médias, et que des rédactions soient sous influence, certaines allant même jusqu’à l’autocensure ? Telle publicité interdite dans un journal parce que défavorable au candidat ; tel autre sondage passant à la trappe parce que susceptible de lui déplaire ; le directeur de la rédaction de tel magazine remercié parce qu’ayant autorisé la publication d’aspects dérangeants de sa vie privée ; une partie de l’interview de l’ancien tennisman Yannick Noah - « s’il passe [Nicolas Sarkozy], je me casse »  - carrément censurée dans ce même magazine. Pourtant, cet égotiste forcené inquiète une partie de la profession, certains journalistes évoquant en coulisse « un risque de contrôle quasi totalitaire des médias » en cas de victoire.  Mais si notre Berlusconi français fait si peur, n’est-ce pas la preuve irréfutable de son extrême dangerosité ? N’a-t-il pas déclaré à l’adresse de la direction de France 3 : « si je suis élu, je vous ferai tous virer ! » ?

 

En définitive, quelle société  nous promet l’ex-premier flic de France ? Sa devise est pourtant simple : « Travail, respect, patrie. » Difficile d’être plus néo-conservateur. Ce disciple malgré lui de Léo-Strauss – philosophe américain d’origine allemande convaincu de la suprématie des valeurs occidentales rendant légitime le recours à la violence, et partisan du renforcement de l’Etat policier et du pouvoir religieux – a déjà fait ses preuves lors de son passage à la Place Beauvau en matière de dérives sécuritaires. Il nous promet le fichage de nombre de citoyens et de familles – autorisant ainsi la violation du secret professionnel des acteurs de terrain – et le repérage depuis la maternelle de nos futurs délinquants. Après le gène du pédophile, du suicidaire et du fumeur, celui du délinquant ? A quand le gène du présidentiable ? Quid donc de la Liberté. La mise en place d’une machine répressive écrasante – dont le corollaire est toujours le recul des libertés individuelles – est d’ores et déjà amorcée, chaque citoyen devenant un suspect potentiel. Mais cela porte malheureusement un nom : le totalitarisme !

 

Il nous promet d’éradiquer l’immigration, quitte à s’asseoir sur le droit fondamental des personnes à vivre en famille, à rendre douteux les mariages mixtes, et à fragiliser encore davantage les situations déjà précaires de nombreux étrangers, poussant inéluctablement certains à l’irrégularité. L’immigration est à ce point obsessionnelle chez Nicolas Sarkozy, qu’il y voit une menace pour « l’identité nationale ». Conception profondément nationaliste gauloise de la Nation, niant par là même son histoire et son édification multiculturelle. Et la discrimination positive me rétorquerez-vous ? Mais, n’en déplaise à certains de l’outre-mer, cette discrimination positive là est un communautarisme ; ce modèle de société anglo-saxon dans lequel les groupes communautaires vivent dans un même espace politique, se croisent souvent, se côtoient quelquefois, mais sans nécessairement partager des valeurs et des exigences supérieures communes.  Pourtant, « l’union des grains de poussières n’existe que par et dans une verticale » (Régis Debray). Alors, au concept vaseux « d’identité nationale », il serait plus sage de lui substituer celui d’intégration républicaine, respectueux des identités culturelles, mais exigeant en retour l’adhésion à des valeurs et des principes politiques communs.

 

Certains décrivent Nicolas Sarkozy comme un coléreux aux nerfs fragiles et au « caractère dantesque », allant même jusqu’à prétendre qu’il est fou. J’espère fortement qu’ils se trompent, car les heures sombres de l’Europe ne sont pas si lointaines.

 

Alors, je voterai pour la seule candidate incarnant les valeurs humanistes, républicaines et démocratiques : Je voterai pour Ségolène Royal !

 

David DAHOMAY. Le 23 avril 2007.

 


 

 

 

 

Publié dans présidentielles 2007

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