D'autres choix sont possibles au PS

Publié le par David Dahomay

Malgré toute la considération qu’on lui porte, Il faut bien avouer que l’on a connu un Alain Duhamel plus alerte dans ses analyses politiques. En effet, sa dernière chronique (les nouveaux bretteurs du PS) publiée récemment dans le quotidien Libération nous laisse perplexe. A le lire, nous sympathisants socialistes n’aurions finalement d’autres choix que d’avoir à plébisciter l’une des deux écuries : Ségolène Royal ou Bertrand Delanoë. La messe est dite, circulez, il n’y a plus rien à espérer comme autres scénarii. Mais sur quoi se fonde ce clairvoyant chroniqueur pour asséner une telle certitude ? Les sondages, essentiellement les sondages. La vie politique française se réduirait dorénavant aux seules cotes de popularité de nos femmes et hommes politiques et aux enquêtes d’opinions. Quid donc de l’importance à accorder aux débats de fond ? Oui, la seule chose qui prévaut désormais est le degré de sympathie qu’untel ou untel inspire aux Français, l’armature idéologique et intellectuelle de ces nouveaux people  devenant tout à fait subsidiaire, pourvu qu’elle ne sorte pas de la pensée unique.

D’autant que nombre de faiseurs d’opinions nous assènent sempiternellement cette soi-disant lapalissade : la gauche française sera sociale démocrate ou ne sera pas. Et s’il est vrai qu’il existe au moins un point commun entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, c’est bien celui d’une même option sociale démocrate, à quelques subtiles nuances près. Nous militants de gauche archaïques serions donc sommés d’abandonner nos vieux rêves ringards d’un monde radicalement autre. Place aux réformistes pragmatiques en phase avec la réalité et bons connaisseurs des rouages de la chose publique.

Pourtant, s’il y a au moins un débat à nos yeux essentiel pour l’avenir de la gauche, c’est celui de l’analyse de l’ordre social actuel et des causes qui l’engendrent. Aussi, de quelle réalité sociale parle-t-on, trop souvent tue par nos élites médiatico-politiques ? De la fin de l’ascenseur social pour les catégories les moins favorisées, de la baisse généralisée du niveau de vie, de la dégradation sans précédent des conditions de travail, de l’explosion de la précarité et des inégalités salariales, de l’inquiétante augmentation de la pauvreté depuis deux décennies en France. Et cette réalité est aussi cruellement celle de l’Angleterre et de l’Allemagne, pays dont on vante malgré tout les politiques sociales démocrates. Est-ce d’ailleurs un hasard si le parti de la gauche radicale allemande (le Die Linke) est en train de monter en puissance ?

Et lorsque l’on s’efforce de comprendre globalement le système économique et social en place, nul doute que la critique marxienne du capitalisme devient extrêmement pertinente. Est-ce par pure coquetterie intellectuelle qu’à nouveau tant de livres fleurissent sur Marx, s’il est tant cité et débattu aujourd’hui, au point que certains néolibéraux à l’instar d’Alain Minc reconnaissent la force de son analyse ? Mais que nous dit Marx sur le capitalisme de si profond ? Que les régimes coloniaux et la traite négrière permirent l’accumulation première du capital européen. Que de la richesse produit encore plus de richesse. Que l’exploitation de la force de travail par le capital – jusqu’à l’aliénation – est consubstantielle à ce système économique basé sur la propriété privée des moyens de production. Et qu’enfin pour perdurer ce système a besoin de s’étendre, d’où son internationalisation. A l’évidence personne n’est aujourd’hui en mesure de réfuter en bloc cette implacable analyse du capitalisme.

Aussi, la pensée économique et sociale de Marx gagnerait vivement à être dissociée du marxisme – en tant que doctrine philosophique et politique – si l’on souhaite clarifier les débats. On peut être marxien sans être pour autant marxiste. Ainsi, autant il nous semble qu’Olivier Besancenot a mille fois raison de vouloir mettre la question sociale au cœur des débats politiques, autant l’ossature de son programme politique empreinte de la révolution prolétarienne nous semble à la fois irréaliste et philosophiquement condamnable. En effet, ce que le marxisme a de plus contestable ce n’est pas tant qu’il aurait conduit au goulag en Russie – on pourrait toujours nous rétorquer que ce qui fut mis en place là-bas trahissait effrontément la doctrine – mais surtout qu’il tourne résolument le dos à toute philosophie des droits de l’Homme d’une part, et d’autre part qu’il ne cache pas sa haine de l’Etat ; haine de l’Etat paradoxalement partagée avec des Ordo libéraux comme l’économiste Fiedrich Hayek, éminent penseur du néolibéralisme. Or si une société sans droits individuels nous paraît inconcevable, une société de droits sans Etat de droit l’est moins encore.

Cependant, même si nous n’adhérons pas à la doctrine marxiste, la problématique de l’essence du capitalisme et des relations sociales tumultueuses qu’il engendre reste entière. Et déclarer benoîtement que le marché – dès lors qu’il serait « social et écologique » – doit demeurer la clef de voûte de tout projet économique et politique, c’est à l’évidence opter pour une épure sans substance. Ce que nous devrions au contraire attendre des dirigeants socialistes – d’autant que bizarrement les thuriféraires de la sociale démocratie se situent tous à la droite du Parti socialiste – serait qu’ils engagent le débat sur une question somme toute fondamentale : Qu’est-ce que le politique ? Et partant de là décliner des problématiques qui en découlent : l’économique peut-il primer sur le politique ? Ou encore, le marché peut-il être tout puissant face à un Etat démocratique, et a fortiori à un Etat supranational comme l’Union européenne ? Ou enfin, peut-on opposer l’intérêt général au droit de propriété bien que proclamé inaliénable ? Malheureusement, force est d’admettre que ni les partisans de Bertrand Delanoë ni ceux de Ségolène Royal  ne semblent aptes à ouvrir un tel débat. Or paradoxalement, même s’ils ne sont pas médiatisés, de tels débats ont lieu un peu partout en France dans nombre de clubs politiques qui éclosent. Est-ce un signe avant-coureur d’une prochaine vraie refondation de la gauche? Il est peut-être encore trop tôt pour l’affirmer mais nul doute qu’une telle effervescence intellectuelle produira ses effets sur le devenir du PS.

Nous nous garderons donc pour notre part de pronostiquer la prise en main future du parti par l’un ou l’autre camp, d’autant que pour des raisons de fond la gauche aurait tout à perdre que d’opter pour de tels candidats, indépendamment de l’engouement réel qu’ils suscitent.

Citoyens de gauche réveillez-vous, on vous hypnotise !

David Dahomay, le 25 mai 2008.

 

Publié dans refonder la gauche

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