Quelle politique économique pour le PS ?

Publié le par David Dahomay

Suite au récent article de l'universitaire René Lorient paru sur son blog Mediapart, « le socialisme et l'économie sociale et écologique de marché », ci-après les commentaires qu'il m'inspire:

Tout d'abord sur la complexité du choix d'une vraie politique économique pour le PS. En effet, ce qui est évoqué dans une des réactions à cet article sur le lien entre l'UE et l'Ordolibéralisme (voir à ce sujet les cours de Michel Foucault au Collège de France) est très pertinent : nous pourrions même affirmer que ces principes ordolibéraux sont aujourd'hui appliqués à la lettre au cœur même des textes fondamentaux de l'UE, en particulier le fait que soient constitutionnalisés (malgré le rejet de la constitution européenne par la France en 2005 et aujourd'hui celui de l'Irlande, car dans les faits il faut l'unanimité des 27 pour modifier les traités antérieurement ratifiés) des principes économiques néolibéraux : liberté de circulation des marchandises, des capitaux, des services, et bien entendu le sacro-saint principe de la concurrence. Sans parler de l'indépendance de la BCE (dont le seul objectif est la lutte contre l'inflation au détriment le plus souvent de l'emploi et de la croissance) et du Pacte de stabilité et de croissance.

Donc, tous ces principes et surtout ces instruments de politique macroéconomique échappent aujourd'hui à toute décision démocratique des peuples de l'UE. Et je crois que c'est d'abord cela le véritable problème. Nul doute que le président de la République (et l'on ne peut me suspecter de complaisance à son égard) a mille fois raison dans ses récriminations envers Trichet et la BCE. On pourrait même noter que c'est l'un des premiers présidents à critiquer aussi ouvertement la BCE. Sauf que comme à son habitude, cela reste du discours et essentiellement du discours. Bref, là où je veux en venir, c'est que comme le dit d'ailleurs assez distinctement l'universitaire Caroline Fourest dans son édito du Monde du 4 juillet (« l'Etat français se meurt »), c'est bien le fait d'avoir les mains liées en étant dans l'UE qui rend toute vraie politique économique de gauche difficile, sinon impossible. Car, sans politiques monétaire et budgétaire, quelle politique macroéconomique mettre en œuvre ? Alors, si le PS souhaite réellement élaborer une vraie politique économique de gauche, il ne pourra faire l'impasse de choix forts (voire radicaux) quant à la position de la France dans l'UE. Je vous recommande à ce sujet l'excellent livre de l'économiste Jacques Sapir (à mon avis trop peu connu), « la fin de l'eurolibéralisme », qui fait des propositions à la fois originales et courageuses en matière de recouvrement du choix de notre politique économique : une réforme nécessaire de l'euro, c'est-à-dire « la transformation transitoire de l'euro de monnaie unique en monnaie commune pour un certain nombre de pays... Là où les conditions sont réunies, on peut envisager de garder la monnaie unique dans la mesure où la politique monétaire sera réellement mise au service de la croissance... Le fonctionnement des monnaies nationales serait encadré par les mécanismes de connexion à la monnaie commune... Les taux de change entre les monnaies du système se déduiraient de cette cote... » Autres solutions radicales : la réforme de la BCE, c'est-à-dire à la fois la fin de son indépendance (autonome mais pas indépendante car devant rendre des comptes aux politiques) et puis la réforme de son seul objectif (comme aux USA, elle doit aussi avoir comme objectifs la croissance et l'emploi). Et aussi la réforme du Pacte de stabilité, afin que les Etats recouvrent leurs libertés fiscale et budgétaire.

Certains peut-être crieront aux loups en prétendant qu'avec de tels propos l'on cherche à tuer l'UE, et ce faisant à encourager à nouveau l'instabilité politique en Europe, risquant ainsi d'engendrer de nouveaux conflits armés. Mais ceux-là ne voient-ils pas que c'est justement cette politique économique appliquée à marche forcée au sein de l'UE qui sera source demain d'instabilités sociale et politique, de rancœurs et au final d'exacerbations identitaires et nationaliste (si ce n'est déjà le cas) ?
Alors le courage des socialistes serait de créer par la volonté politique certes une vraie crise au sein de l'UE, mais une crise salutaire et qui pourrait être comprise par les autres partis de gauche européens et par les peuples eux-mêmes.

Et pour finir, pour ma part (mais je m'en suis déjà expliqué dans un article précédent), proclamer que le marché doit être social et écologique, c'est « opter pour une épure sans substance », cela ne mange pas de pain. En clair, tout en étant une évidence, cela ne dit pas quelle politique économique on met en œuvre. Et puis soyons vigilants sur ce que revêt le concept d'économie de marché. Tout d'abord, il n'y a pas un marché mais des marchés : le marché de biens et services, le marché de capitaux, le marché du travail, etc... Ensuite, autre question fondamentale, tout bien est-il susceptible d'être mis sur le marché, ou y-a-t-il des types de biens qui de par leur nature doivent demeurer propriété de la collectivité (par exemple, l'eau, le nucléaire, les autoroutes (bien qu'aujourd'hui privatisées), voire même les monopoles naturels ou historiques ?

Mais en dépit des débats certes salutaires sur le choix d'une politiques économique de gauche (et ce sont ces choix qui détermineront entre autre une vraie politique de gauche de protection et de redistribution, donc keynésienne), je crois humblement que les socialistes devraient commencer par réaffirmer la primauté du politique sur l'économique (et je recommande ici la lecture du livre de l'économiste Jean-Paul Fitoussi, "la démocratie et le marché"), notamment sur tout un tas de sujets tout aussi fondamentaux : le temps libre, les discriminations et l'intégration républicaine, les arts et la culture, la politique internationale, l'école et les savoirs, la prise en charge des personnes âgées, la santé (et en finir avec cette réforme des hôpitaux visant à les transformer outrageusement en simple entreprise) !

Où en sont donc les socialistes avec l'idée républicaine, au-delà de simples affirmations benoîtes d'attachement à ses principes ?

David Dahomay, le 7 juillet 2008.

Publié dans refonder la gauche

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