Un rapprochement Aubry-Hamon oui, mais sous certaines conditions

Publié le par David Dahomay

Certaines analyses lues ici ou là, prêchent pour un rapprochement des courants Aubry-Hamon au sein du Parti socialiste ainsi qu’une fusion des motions C et D. Je partage en partie de telles orientations. Cependant, deux remarques, l'une sur la forme et l'autre sur le fond:

-Lors de la préparation des différentes motions, on peut regretter le fait que Martine Aubry et Benoît Hamon étaient sur le point de trouver un accord, et fusionner les motions. Il est dommage qu'un tel rapprochement ait capoté pour de futiles raisons de personnes.

-Sur le fond, la principale divergence entre le courant Aubry et Hamon tient à deux visions de l'Europe apparemment opposées : Benoît Hamon est un « noniste », tandis que Martine Aubry est résolument une « ouiiste ». Et qu'est-ce qui est en jeu dans ces deux visions de l'Europe ? Je crois, mais certainement que l'on me corrigera, qu'implicitement les « ouiistes » acceptent la construction européenne actuelle, qui vise ni plus ni moins une intégration progressive mais irréversible des Etats membres, sur la base fédérale ou supranationale. Et cela suppose de déposséder progressivement ces Etats de pans entiers de leur souveraineté. A tel point que certains attributs essentiels de la souveraineté relèvent maintenant de la compétence exclusive de la communauté européenne, notamment la politique monétaire (et dans une moindre mesure la politique budgétaire du fait du Pacte de stabilité limitant les déficits, même en cas de crise grave), le commerce extérieur, ou encore l'agriculture. D'autant que les principes économiques que l'Europe défend sont absolument contestables : c'est la victoire de Hayek et l'ordolibéralisme sur Keynes et l'interventionnisme : le sacro-saint principe de la concurrence « libre et non faussée », la Banque centrale indépendante, et la liberté de circulation des biens, des capitaux, des personnes et des services. Et sans oublier selon l'aveu même du Conseil constitutionnel que la transposition en droit interne des directives européennes est une exigence constitutionnelle!

Bref, ce qui doit maintenant très clairement être précisé - quitte à envisager un débat de fond entre ces deux courants- c'est quel modèle de construction européenne devons-nous promouvoir : le modèle fédéral qui suppose à terme la perte de souveraineté des Etats, ou le modèle confédéral basé lui sur la coopération intergouvernementale.

Pour ma part, ayant voté "non" au Traité de Constitution pour l'Europe, j'opterais plutôt pour ce modèle confédéral. Ne nous leurrons pas, il n'y a pas un peuple européen, mais des peuples, et je dirais même des Etats nations avec des histoires et des cultures singulières. Vouloir l'Europe fédérale suppose à mon avis d'une part l'avènement d'un peuple européen et d'autre part un acte constituant originel (décidé par les citoyens européens eux-mêmes). Alors bien entendu, on est plus fort - tant économiquement que sur le plan de la défense et de la sécurité - unis qu'isolés. Mais le modèle confédéral doit pouvoir répondre à de telles nécessités. D'ailleurs, l'échec de la proposition de Sarkozy - celle d'un gouvernent économique européen, que pour ma part je suis tout à fait prêt à soutenir malgré ma farouche opposition à la politique et l'idéologie « sarkozyennes » - devrait nous donner à réfléchir.

Alors, pour finir, j'éprouve une réelle sympathie -et je dirais même un certain engouement- à la fois pour Benoît Hamon et Martine Aubry. D’autant que dans le contexte actuel de crise du capitalisme financier, le PS doit coûte que coûte réaffirmer son ancrage à gauche. Aussi, pour permettre la victoire au sein du PS de ces deux courants, un rapprochement est nécessaire, mais à la seule condition que l'abcès entre « nonistes » et « ouiistes » soit crevé : on ne peut pas faire comme si de rien était, et que tout ceci est maintenant tombé dans les limbes de l'Histoire. Les citoyens français se sont pas sots et encore moins amnésiques! Nous attendons que l'une et l'autre précisent beaucoup plus nettement leur vision de l'Europe, tout particulièrement dans un contexte de crise du capitalisme et de retour en force des idées keynésiennes (car déclarer benoîtement que l’on souhaite une Europe sociale et démocratique ne suffit pas, loin de là, car cela ne dit pas comment on souhaite y parvenir et surtout avec quel modèle politique.) Quitte à faire son mea-culpa et de dire en toute transparence que l'on s'est trompé (je pense ici tout particulièrement à Marine Aubry et à sa position en faveur du oui en 2005, qui à mon humble avis fut une monumentale erreur. Mais cette femme a du cran et de la hauteur, nous ne doutons donc pas de ses capacités à s'ouvrir et à rassembler).

Publié dans refonder la gauche

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DUCOME Patrick 23/10/2008 19:12

Cher David Dahomay,

Je réponds à votre article «Un rapprochement Hamon-Aubry oui, mais sous certaines conditions » et que vous pourriez faire suivre à la rédaction de Média part si vous le voulez bien.

L’heure n’est pas aux supputations d’alliances. Si certains, en effet, avaient envisagé un accord entre les personnalités, premiers signataires de la motion C (Hamon, Lienemann, etc..) et ceux de la motion D (Aubry, Fabius), in fine, cet accord ne s’est pas fait car il demeure une ambigüité sur l’ancrage durable de cette motion D à gauche.
Cela est d’autant plus vrai que les présentations de la motion D faites par des orateurs différents changent la tonalité selon qu’ils se nomment J.C Cambadèlis ou H. Weber !
La seule garantie reste que le parti, qui aujourd’hui manifestement évolue à gauche avec la crise actuelle, ne se laisse ni porter par l’air du temps ni par l’intérêt tactique du moment.
L’opinion publique ne s’y trompe pas et apprécierait visiblement que le parti socialiste soit attractif.
Il faut que notre courant conserve plutôt une lisibilité politique qu’une stratégie d’éventuelle alliance ultérieure. Quoiqu’une alliance, s’il fallait l’envisager, ce serait à la condition qu’elle soit majoritaire et qu’elle change radicalement la ligne, les pratiques et les éthiques !
Quant au vote utile, il faut faire attention à l’instrumentalisation de l’alliance Aubry/motion C.
Nous ne voudrons jamais être le « bagage accompagné » d’une motion !
Notre vote, celui de la motion C, est différent d’un vote de témoignage mais il est au contraire par sa consistance le reflet du vote utile.
Il faut se rappeler que chaque fois que le PS a du se renouveler, quand il était divisé, quand il s’interrogeait dans la confusion, c’est à ce moment là que la Gauche a fait la différence. Et la preuve fut apportée aux congrès d’Épinay, de Metz etc. Car, à chaque fois, elle a tenu bon et obtenu des engagements effectifs en :
- imposant une nouvelle dynamique unitaire sans laquelle la victoire est impossible
- obligeant le PS à sortir de la confusion et du flou en repartant des fondamentaux de la Gauche et en les actualisant
- renouant avec les mouvements sociaux tant dans la mobilisation que dans l’élaboration d’un nouveau projet de transformation sociale
C’est le rôle que la motion C s’est assigné.
Ne laissons quiconque préempter une alliance avec elle.
Cette sollicitude n’a qu’un seul but : l’affaiblir.

Je vous remercie de votre attention


Patrick Ducome (Gauche-Avenir), signataire de la motion C
75014 Paris
---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Un rapprochement Hamon-Aubry oui, mais sous certaines conditions article du 22/10/2008 dans Mediapart.fr de David Dahomey , enseignant en Guadeloupe
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David Dahomay 31/10/2008 15:33



Cher patrick Ducome, merci pour votre commentaire, je suis moi-même à Gauche Avenir. Aussi, je vous transfère ci-après la réponse que j'ai faite à une militante qui m'adressait des reproches
similaires. Dans le cadre d'une vraie refondation, vous auriez eu parfaitement raison, mais ils faut maintenant tenter de sauver les meubles. Nous le savons, Delanoë a toutes le chances de
l'emporter, et je crois que ce serait une catastrophe pour tous ceux qui souhaitent un ancrage à gauche. Notre seule chance au COngrès, c'est le ticket Hamon-Aubry. Hamon seul ne l'emportera pas,
Aubry non plus. Je prends le pari aujourd'hui avec vous, que de toute façon cette alliance aura lieu pendant le Congrès. Et là, certains du courant Aubry et Hamon crieront au scandale. Comment
donc rassurer les militants du courant Hamon, autrement qu'en incitant fortement Aubry à confirmer son ancrage à gauche, et tout particulièrement sur ses positions antérieures européennes ? Vous
pouvez directement me répondre à : david.dahomay@wanadoo.fr




Chère Pénéloppe,


Je conçois aisément que mon discours soit soporifique, et si tel est effectivement le cas,
veuillez m’en excuser. Aussi, je vais au moins tâcher par cette réponse de vous maintenir éveillée jusqu’au Congrès :


Tout d’abord, je ne vous cache pas que je suis très critique vis-à-vis du Parti
socialiste ; je vous renvoie pour cela à mes différentes prises de position sur le sujet, notamment mon article D’autres choix sont possibles au
PS (http://daviddahomay.over-blog.com). Et cela pour de très bonnes raisons : Tout d’abord, comme le dit très justement Henri Weber, on est
passé d’un parti de militants à un parti de supporters (bien entendu, je n’insinue pas que cela soit votre cas, du moins j’ose l’espérer). Ensuite, ce parti n’a pas su renouveler de façon
satisfaisante ses cadres (ce sont les mêmes quinquagénaires à la tête du parti depuis le Congrès Epinay en 1971, et cela vaut bien entendu aussi bien pour Martine Aubry que pour Ségolène Royal et
Bertrand Delanoë). Enfin, le Parti socialiste s’est coupé de son électorat populaire traditionnel, signe que les idées et les positions qu’il défend ne font plus sens pour cet électorat. Et
j’oserais ajouter qu’il s’est coupé des intellectuels de gauche, preuve évidente du manque de renouvellement idéologique de ses cadres. Cela fait beaucoup pour un Parti se voulant le principal
parti d’opposition face à cette droite « décomplexée » sûre d’elle-même et de ses idées – quoi qu’avec la crise actuelle le doute commence à gagner même les néolibéraux les plus
radicaux.


 


Aussi, s’arc-bouter sur les seules motions comme étant susceptibles de définir après le
Congrès la nouvelle ligne du parti – du moins pour celle qui sera majoritaire – serait faire preuve d’une naïveté inconsidérée. Vous et moi le savons, ce n’est pas tant les motions qui importent
ici, mais surtout les personnalités et les écuries qui prendront demain la tête du parti. C’est cynique, mais force est d’admettre qu’il n’est plus temps d’espérer d’ici le Congrès une divine
surprise quant à une vraie refondation idéologique du parti – en témoigne malheureusement la pauvreté idéologique des motions. Je l’ai espéré, nombre de citoyens de gauche l’ont espéré, mais ce
sursaut idéologique ne vint pas ! Dès lors, à quoi se raccrocher, à qui se raccrocher ? A celles et ceux le plus susceptibles de réussir de façon satisfaisante la refondation du
parti : Je pense avant tout à Benoît Hamon qui symbolise à la fois le renouvellement de génération et en même temps qui a su montrer sans ambiguïté son ancrage à gauche, contrairement à
d’autres qui n’ont eu de cesse avant la crise de vouloir conduire le parti vers le centre, c’est-à-dire vers le modèle de la sociale démocratie anglaise et surtout allemande. Mais la crise
financière mondiale actuelle – que certains néolibéraux comme Baverez et nouvellement Attali n’hésitent pas à qualifier de crise grave du capitalisme ! – a fini de leur donner
tort !  Ensuite, en demi-teinte, je pense à Martine Aubry : Elle est l’une des rares caciques du PS avec Fabius à ne pas avoir cédé à la
tentation centriste, et pas seulement pour des raisons tactiques. En plus, son armature idéologique et intellectuelle pourrait faire pâlir d’envie nombre de caciques du parti. De surcroît, elle
est charismatique. Enfin, ne l’oublions pas, on lui doit nombre de lois sociales sous le gouvernement Jospin, et tout particulièrement les 35h que, contrairement à ce que pense Royal, il faudrait
sauver tout en améliorant leurs mises en place dans les PME. Et dans un contexte à la fois conjoncturel et structurel de rareté des emplois, la problématique du partage du temps de travail
mériterait d’être relancée (je pense ici notamment au socialiste Pierre Larrouturou, ou encore à l’économiste américain Jeremy Rifkin avec son livre La fin du travail ; livre remarquable à
lire absolument, et d’ailleurs préfacé à l’époque dans les années 90 par Michel Rocard, mais les temps ont bien changé depuis). Alors oui, ma seule inquiétude vis-à-vis de Martine Aubry tient à
son attachement à une certaine construction européenne pourtant éminemment contestable. Mais seuls les sots ont les idées figées une fois pour toute – et cela vaut bien entendu d’abord pour moi,
rassurez-vous. C’est pourquoi je ne désespère pas d’ici le Congrès de la voir évoluer sur ce point, ce serait un signe suffisamment significatif pour espérer avec elle une vraie refondation du
parti.


 


Pour terminer car j’ai été trop long, une alliance Hamon-Aubry était sur le point d’aboutir,
et a capoté suite au chantage d’un membre éminent du parti –je ne donnerai pas de nom- qui refusait de soutenir Aubry en cas d’alliance entre elle et Hamon ! Donc, cette motion commune n’a
tenu qu’à un fil.


 


Aussi, pour toutes ces raisons, mon seul mince espoir de voir le PS se refonder, réside dans
le courant Hamon ou Aubry. Mais l’un ne peut espérer l’emporter sans l’autre, tant les scores électoraux semblent serrés. Nous ne pouvons donc que souhaiter que lors du Congrès une telle alliance
se produise !


 


Enfin, en cas de victoire des autres courants, qu’il s’agisse de Delanoë ou Royal,
personnellement je proposerai modestement une dissolution du parti, mais pas pour les mêmes raisons que Jean-François Kahn : lui préfère la copie à l’original en matière de pari centriste –
le Modem suffit amplement –, moi je souhaiterais voir reconstruire un vrai parti d’opposition ancré à gauche, mais qui éviterait la tentation révolutionnaire !


 


Ouvrez grand les yeux chère Pénéloppe, les temps qui s’annoncent risquent d’être
passionnants.