Soutenons les luttes sociales mais défendons les principes démocratiques

Publié le par David Dahomay

Pétition:

Il sest passé le jeudi 7 mai à Basse-Terre quelque chose de grave que nous, citoyens guadeloupéens, ne pouvons tolérer et quil faut éclaircir.

Le président du Conseil Général, Jacques Gillot, avait décidé de réunir en Congrès les élus de la Guadeloupe en invitant aussi de nombreux acteurs de la société civile dont Elie Domota et le LKP. Voulant apparemment tenir compte des critiques souvent adressées aux élus, Monsieur Gillot du moins telle était son intention clairement exprimée- espérait « donner la parole aux citoyens » les invitant à « construire ensemble un projet guadeloupéen de société », selon les termes même de linvitation adressée à tous. Il sagissait, selon le Président du Conseil Général, délaborer ensemble une méthode. Il précisait quil recherchait là une démocratie plus « participative ».

Quoi quon puisse penser de lopportunité dun tel congrès, de ses visées politiques voire politiciennes et nous signataires de cette déclaration ne sommes pas tous daccord avec loption politique des présidents Gillot et Lurel- nous tenons à affirmer solennellement que les représentants politiques démocratiquement élus du peuple guadeloupéen ont parfaitement le droit délaborer, comme ils lentendent, leur stratégie politique. Leur refuser ce droit cest porter atteinte aux libertés démocratiques du peuple guadeloupéen. Or, cest exactement ce qui sest passé à Basse-Terre : un acte dont la nature profonde a consisté à refuser aux élus le droit dexercer leur mandat électif. Mais ce fut subtil. Subtil, car cet acte sest déguisé pour éviter quil ne soit perçu pour ce quil est : une atteinte à la démocratie qui sapparente à une insurrection. Les habits du déguisement ? Un certain usage du temps et de lordre : agir avant la tenue du congrès et faire mine de ranger la salle (prétendument occupée symboliquement) pour échapper au soupçon de lantidémocratisme. Cette occupation tumultueuse avec intimidation du personnel administratif et déplacement de sièges et de matériels nécessaires à lorganisation de la séance excluait de fait les participants. Un débat serein pouvant difficilement être conduit dans de telles conditions, lannulation du Congrès par le Président du Conseil général simposait

Le LKP joue avec le feu sur une poudrière. Envahir le Palais du Conseil Général, lieu emblématique de lexercice de la démocratie et cela depuis les lendemains de labolition de lesclavage, en affirmant lancer un « avertissement » aux élus, constitue bel et bien une remise en cause de la légitimité électorale. Nous ne pouvons quattirer lattention sur lambigüité du terme avertissement : prévention ou menace ?

Les dirigeants du LKP se justifient en déclarant quils sont pèp-la, que cest la rue qui gouverne et avouent quils veulent remplacer la démocratie représentative par la démocratie directe sous prétexte que la première serait « en panne ». Si en effet le vote nest pas le tout de la démocratie, il en est le passage obligé, insuffisant certes, mais nécessaire. La question rectrice que nous posons au LKP : de quel droit ? La défense des travailleurs ne doit en aucun cas être attentatoire à la vie de la démocratie. Quand il décide denvahir le palais du Conseil Général sous prétexte que la démocratie serait en panne, le LKP soctroie un droit que le peuple souverain ne lui a pas confié. Il sagit là dun coup de force. Penser que la démocratie représentative est en panne est une opinion. On peut la partager ou pas. Envahir le palais du Conseil Général est un acte qui appelle une qualification. Commettre lacte en sautorisant de sa seule opinion est démocratiquement dangereux. Confondre imprudemment la foule et le peuple, prétendre incarner le peuple sans aucune médiation et sans aucune procédure collectivement élaborée et approuvée, voilà ce qui nous semble gravissime. Le cahier de revendications du LKP nest pas la Constitution guadeloupéenne.

Beaucoup dentre-nous avons soutenu les revendications sociales exprimées par le LKP et, aujourdhui encore, on peut estimer que les revendications des travailleurs sont pour lessentiel légitimes. Mais, avec ce triste événement de Basse-Terre, on est passé dune revendication sociale et sociétale soutenue par une majorité de Guadeloupéens à une posture politique du LKP. Cette posture joue avec les principes fondamentaux de la démocratie et nous, citoyens guadeloupéens, soucieux de lévolution positive de notre pays, quelles que soient les options politiques de chacun dentre nous, unissons ici nos voix pour déclarer que ce jeu est dangereux. Il constitue une remise en cause voilée de ces principes démocratiques.

Donc, une ferme mise au point simpose. Elle simpose dautant plus que cette remise en cause sest avancée masquée dans lhémicycle du palais du Conseil Général. Nous déclarons être profondément attachés aux principes démocratiques devant structurer la vie publique, lexercice de la citoyenneté, toutes choses pour lesquelles nos ancêtres se sont battus. Seuls ces principes peuvent permettre non seulement un débat constructif et pacifique au sein de la société guadeloupéenne, mais plus important encore, sa propre survie.


Pour nous, la démocratie, cest aussi bien la possibilité de la liberté dexpression de toutes les opinions, fussent-elles minoritaires, le débat public, la représentation politique exprimée par le vote, ce quon appelle la démocratie représentative, que le droit aussi de manifester dans la rue son mécontentement. Mais un pouvoir social manifesté légitimement dans la rue et quel que soit son succès- sil peut renforcer positivement les choix politiques des élus, ne peut tenir lieu de pouvoir politique sauf bien sûr quand les conditions dune vie politique démocratique ne sont pas réunies, ce qui nest pas le cas dans la Guadeloupe daujourdhui. Autrement, nous entrons dans une logique où lautorité charismatique du leader ou du groupe lemporte sur celle de la loi commune.

En conclusion, même si nous reconnaissons le droit qua LKP de faire avancer ses revendications, sans doute légitimes, nous condamnons fermement sa double prétention
1- sa prétention à incarner à lui seul le peuple, tout le peuple, et ainsi à parler en son nom
2- sa prétention à détenir un pouvoir directement issu de la rue et ainsi disqualifier la représentation politique. Cette disqualification ayant pour fonction de nier du coup la légitimité par le vote. Cette double prétention est grosse de toutes les dérives y compris celle de nous orienter vers le cycle mortifère de la violence et de la guerre civile ou affrontements graves entre Guadeloupéens. Est-ce lintérêt de la Guadeloupe ? Assurément, non !

Parce que nous soutenons les luttes sociales tout en étant fermes sur les principes fondamentaux de la démocratie dans notre pays, nous tenions à mettre en lumière ce qui fait la gravité de lévénement de Basse-Terre.



Premières signatures par ordre alphabétique :

Albina Tony (enseignant) ; Boucard Harry (enseignant) ; Boutin Raymond (historien) ; Camier Bernard (enseignant) ; Cassin Franck ; Cazimir-Jeanon René (journaliste honoraire) ; Chalcou Alex (architecte) ; Compper Gaelle (universitaire) ; Dahomay David (enseignant) ; Dahomay Jacky (enseignant) ; Deriau-Reine Sonia (enseignante) ; Ducosson Dany (psychiatre) ; Hermantin Fred (Président de la ligue des Droits de lhomme de la Guadeloupe) ; Hermantin Evelyne (enseignante) ; Lesueur Alain (ancien journaliste) ; Lubeth Guy (enseignant) ; Jabot Hubert (avocat) ; Maragnes Daniel (enseignant) ; Mayoute Marius (dentiste) ; Morton Claude (enseignnt) ; Rolle William (Président le la ligue des droits de lhomme de la Martinique) ; Rovelas Jorge ; Reinette Pierre (Directeur des services au Conseil Général) ; Saad Christian (universitaire) ; Savanah Charles (enseignant) ; Tallon Christine (retraitée) ; Toomiche Paul (ancien syndicaliste) ; Toumson Roger (universitaire)


Pour signer la pétition : 
http://www.lapetition.be/en-ligne/soutenons-les-luttes-sociales-mais-dfendons-les-principes-dmocratiques-4330.html

Publié dans refonder la gauche

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leuil 26/05/2009 19:50

En lisant les commentaires de certains signataires de la pétition, j'ai constaté que quelqu'un avait injurié notre maman, un médecin, si je ne m'abuse. O bou-ou-oute???!!!

birahima2 15/05/2009 15:11

un petit bonjour du continent
je pense bien à vous
je vous rappelle mon billet du 11 février basé sur la grille de lecture de la démocratie ouvrière.
Que cela renforce votre angle d'attaque.
Je saisis mieux votre approche du marxisme sachant qu'on ne peut décréter n'importe quoi quand on est entouré de pays capitalistes ;
au passage, je n'apprécie pas ici les commentaires genre le numéro 1, parce que c'est trop facile de faire comme ça.
Ensuite que vous vous présentiez comme des intellectuels, je le conçois, mais ce dont je me souviens c'est que vous êtes avant tout professeurs, Jacky et son fils David sont des professeurs.
Moi, je vous lis en tant que professeurs, comme si j'allais à l'université populaire.
ça ne fait pas envie comment vous débattez en Guadeloupe, mais vous débattez et sûrement qu'il est même possible de se battre pour quelque chose maintenant.
Ce que je constate, c'est qu'il commence à y avoir plus de commentaires ici. Alors, je ne crois pas que vous êtes en train de vous désolidariser.
Courage à tous.
L'Humanité dit la vérité.

Ziba971 15/05/2009 01:33

Voilà ma réaction à l' "analyse" de R. Beauchamp. Bon courage !
1) ah bah non, désolé, il ont eu l'honnêteté de se compter s'ils sont 21, ils ne représentent pas tous les intellectuels -faut espérer !
2) L'individu en question est aussi connu pour avoir été à l'origine de Jougwa, journal indépendant dont les journalistes ont été agressés, leurs locaux pillés, les archives volées alors même qu'ils faisaient partie de l'UPLG (voir : (In)dépendance créole, p. 53).
3) Tonton macoute ? intéressant cette définition soulignant leur incapacité à mettre la loi au-dessus de la violence !! Je ne savais pas ça, merci pour l'éclaircissement ! http://daviddahomay.over-blog.com
4) Oh....! Le travail ! Il faut le lire avant de juger pas vrai ? Alors pourquoi ne donnez-vous pas le site de David Dahomay ? (google)
Eh ouais, vous n'allez pas publier cette réaction, en tous cas, je vous en mets au défi ! - parce que c'est ça la démocratie : on lit les réactions et on censure avant de diffuser l'avis du peuple ou du non-peuple - voire de l'intellectuel. Mais sachez qu'elle se retrouvera sur d'autres sites.

olindi 14/05/2009 02:57

J'ai très envie de signer la pétition et j'y suis déjà allée trois fois, mais quelque chose m'arrête. L'envahissement du bureau du procureur de Pointe-à-Pitre par le LKP vous a t-elle paru légitime. Pour ma part, dès le début du mouvement, j'ai perçu ce qu'il allait devenir et j'en ai été bouleversée. Je vous félicite pour votre courageuse prise de position. Mais si je peux me le permettre : il était temps !!!

sevy-naej 13/05/2009 02:17

Définition d'un intellectuel : une personne dont l'activité repose sur l'exercice de l'intelligence, qui s'engage dans la sphère publique pour faire part des ses analyses, de ses points de vue sur les sujets les plus variés ou pour défendre des valeurs, et qui dispose d'une forme d'autorité. >>>>>
dentiste ? enseignant ? ancien syndicaliste ? Où sont donc les véritables intellectuels qui disposent réellement d'une autorité : Nos grands auteurs, nos grands universitaires. il sera judicieux que les pétitionnaires portent leurs références (publications, travaux) afin qu'on puisse leur donner du crédit.