Réponse à Frantz Succab

Publié le par David Dahomay

Voir texte de Frantz Succab ci-après.

Cher Frantz,

 

J’ai lu avec beaucoup d’attention et d’intérêt votre texte. Je salue votre franc-parler et votre lucidité, ainsi que votre souci de consensus et la volonté de dépassement de nos oppositions, pour une transcendance vers une Guadeloupe apaisée et fière d’elle-même, dans sa singularité politique encore à construire.

 

Cependant, ce qui me pose problème, c’est un certain discours que je qualifie pour ma part – sans vouloir vous vexer – de caricatural, dès lors que l’on pense encore aujourd’hui ce pays comme on le pensait il y a 60 ans : Je veux dire un pays colonisé. Non que je méconnaisse ou que je veuille taire notre histoire esclavagiste et coloniale – d’autant que le passé éclaire le présent, mais il ne s’agit pas non plus d’être par trop passéiste, nous évitant ainsi de penser avec lucidité et audace notre époque –, mais lorsque je regarde ce pays en face, droit dans les yeux, j’y vois d’abord une affolante complexité du réel. C’est peut-être aussi tout le mérite des Glissant et Chamoiseau d’avoir su décrire admirablement cette complexité au travers du concept de créolité. Leur défaut cependant est de rester dans une posture par trop poétique, ne nous donnant pas d’armes conceptuelles suffisamment sérieuses pour penser et agir sur le politique.

 

Alors sur l’anticolonialisme, que vous dire ? Que tout colonialisme, quelle que soit sa forme, est condamnable, y compris d’ailleurs l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan. Condamnable au nom de quels principes ? Bien entendu, d’abord et avant tout au nom de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais aussi parce que l’essence in fine de toute occupation coloniale n’est-elle pas l’assujettissement, et quelques fois même l’extermination des peuples colonisés ? Cependant, quelle différence – nous dirons ethno historique – fondamentale entre la colonisation par la France du Maghreb, de l’Afrique subsaharienne, de l’Indochine, et celle des Antilles ?  C’est qu’il préexistait avant ces invasions et occupations des ethnies et des peuples – avec leur culture propre – sur ces trois continents, tandis que chez nous, ces ethnies furent décimées. Et que donc, les identités culturelles sur ces continents subsistèrent tout au long de la colonisation, se façonnant même et évoluant comme une culture en opposition – et gardant sa croyance en une fondation originelle mythique – avec la culture du colonisé. Il est donc naturel qu’ensuite, après la seconde guerre mondiale – traumatisme mondial qui au moins par la suite, mais pour peu de temps, permit la réaffirmation de grands principes humanistes et de tolérance –, ces pays colonisés affirmèrent leur volonté de recouvrer leur pleine souveraineté, mais cette fois-ci selon le schéma moderne – et reconnaissons-le, occidental – de l’Etat-nation. Ce qui d’ailleurs causa dans certains cas beaucoup de tort à ces pays, et plus particulièrement en Afrique subsaharienne. Mais c’est peut-être d’abord le découpage territorial qui posa problème. Car, malgré ces possibles écueils de l’Etat-nation, je reste pour ma part attaché non pas de façon dogmatique à ce concept politique en soi – car le souverainisme étriqué, ici ou en Europe, conduit trop souvent à des excès dans le sentiment patriotique, voire nationaliste –, mais tout simplement à celui de l’Etat de droit démocratique garant des libertés et droits fondamentaux de la personne humaine, quitte à envisager un néo-fédéralisme. 

 

Alors, reconnaissons au moins qu’aux Antilles, du fait de cette culture incroyablement métissée – car les premiers esclaves déportés, arrachés à leur territoire et leur culture, et plongés soudain dans un chaos effrayant tant par l’abomination psychologique et physique qu’ils subirent, que par la nécessaire adaptation à une terre qui leur était étrangère, s’inventèrent une nouvelle culture, elle-même au fil des siècles influencée par la force des choses par celle des « maîtres » –, nous avons le plus grand mal à nous référer à une fondation originelle mythique. Si fondation originelle il doit y avoir, force est d’admettre que c’est celle d’un impensable chaos et déracinement. Admettons alors au moins l’incroyable singularité de notre histoire et de notre culture, ne ressemblant à aucune autre, mais aussi plus ouverte que d’autres à l’influence d’autres cultures. Il y a chez nous, malgré l’apparent conservatisme culturel – qui semble plus idéologique que sensible, notamment cette volonté étrange chez certains de ne promouvoir qu’une culture « officielle » basée sur ce que nous pouvons qualifier, sans aspect péjoratif, de « folklore » guadeloupéen, au détriment assez souvent des autres arts créoles métissés –, indubitablement du cosmopolitisme.

 

Mais avançons. En tâchant d’être honnête avec moi-même et avec mon pays, quand je regarde l’évolution de celui-ci depuis la départementalisation – et de rappeler que celle-ci fut en conscience un choix de nos représentants politiques de l’époque, dont le plus éminent d’entre eux fut Césaire, qui prônait l’égalité sociale avec la métropole, même si par la suite au travers du PPM il formula à partir de ses déceptions des propositions politiques d’autonomie – j’y vois une lente mais incontestable intégration au sein de la République française. Non sans brusques sauts en arrière – dont les événements de mai 1967 constituèrent pour les jeunes guadeloupéens de l’époque, dont vous, un traumatisme vécu à juste titre comme révélateur d’une conception coloniale française héritée de son passé, dans la façon d’administrer nos territoires d’outre-mer – et discriminations envers nos territoires et nos populations : je pense ici plus particulièrement à l’exemple du SMIC inférieur jusqu’en 1996 à celui de la métropole – et alors même que le coût de la vie est plus cher ici –, ou encore celui du RMI, qui fut aligné sur l’hexagone au début des années 2000. Et que dire encore aujourd’hui du RSA qui sera appliqué sur tout le territoire national, sauf dans les DOM, et alors même que celui-ci était tellement plus avantageux pour les familles ayant des bas salaires ou au chômage total ou partiel, que le RSTA ?  Mais il n’empêche, aujourd’hui en 2009, pouvons-nous décemment encore parler d’Etat colonial avec la même pertinence qu’il y a un siècle, ou il y a même quarante ans ? Alors, vous semblez dire que cette colonisation serait subtile, car n’ayant plus besoin pour s’exercer des forces classiques de répression, elle s’exercerait désormais dans nos têtes. Nous serions en quelque sorte aliénés malgré nous. Votre souhait serait donc que nous commencions sans attendre cette désaliénation mentale, et que nous rompions définitivement avec tout ce qui de prêt ou de loin se rapporterait à la France. Alors, je dis attention : Car en allant dans votre sens, il est fort à parier que la schizophrénie nous gagne tous. En effet, je ne connais aucun pays anciennement colonisé et aujourd’hui indépendant, qui n’ait pas hérité d’une façon ou d’une autre des systèmes politiques du colonisateur, tant ces systèmes et ces institutions, et même la culture politique du pays colonisateur, ont façonné en quelques décennies les modes de pensée du pays colonisé. Avec ses tares et ses contradictions, bien entendu. Mais, que nous le voulions ou non, c’est un fait historique. Aussi, vouloir aujourd’hui à tout prix en Guadeloupe, appliquer la théorie de la tabula rasa, pourrait nous mener au chaos. Et non sans une certaine ironie, nous pourrions nous demander pourquoi les luttes syndicales en Guadeloupe prennent cette forme particulière de rapport de force permanent et de confrontation, et beaucoup moins dans d’autres îles anglophones de la Caraïbe ? N’y-a-t-il pas là une similitude étrange entre la forme des luttes syndicales en France, et celle se manifestant en Angleterre ? Reconnaissons-le une fois pour toutes : Nous avons quoi que nous fassions hérité d’une certaine culture latine – non pas d’abord sur le plan culturel, car je l’ai dit dans d’autres textes, et j’y tiens, je différencie identité culturelle et identité politique –, mais surtout sur le plan politique : nos formes de luttes et de représentations politiques, nos aspirations, nos modes de pensée. Et sur ce point, il est significatif que le concept de souveraineté soit si prégnant chez nous, alors qu’il l’est beaucoup moins dans les pays de culture anglo-saxonne.

Vouloir coûte que coûte se défaire de cet héritage, malgré ses heures sombres et ses contradictions, nous conduirait à nous renier nous-mêmes, et pourrait conduire à une forme de folie tout aussi aliénante. Assumons avec la plus grande honnêteté intellectuelle cet héritage politique français et européen. Et à partir de là, faisons des choix en conscience : cet héritage ne pourrait nous faire renoncer à notre aspiration à plus d’autonomie – ce que moi je défends, c’est-à-dire des responsabilités locales de premier plan, tout en étant partie intégrante de la République française et de l’Union européenne –, voire à l’indépendance. Mais là encore, ce serait une erreur, voire même dangereux, de s’obstiner à penser une Guadeloupe indépendante qui ferait fi du système politique et des institutions dont elle aurait hérités. N’avons-nous pas au préalable un état des lieus à réaliser : Qu’est-ce qui dans ce mode de pensée politique et dans ces institutions devrait être abandonné, et quelles seraient celles sur lesquelles nous pourrions nous appuyer, tout en ne négligeant pas l’attachement de nos concitoyens pour celles-ci (notamment la commune, ainsi que les deux collectivités majeures, qui devraient à terme se fondre en une seule) ? Alors, ceux qui aujourd’hui sont pour la politique de la table rase, et qui rejettent en bloc tout le système politique actuel ainsi que les institutions inhérentes, sont bel et bien dans une forme d’aliénation, car ils voudraient en quelque sorte que nous subissions un vrai lavage de cerveau, comme s’il s’agissait de construire du neuf à partir du néant. Or, les quelques expériences menées tout au long de l’Histoire sur ce sujet, ont toutes conduit au chaos. Cher Frantz, c’est de l’existant dont nous devons partir, à partir des défauts, des contradictions et des injustices du présent. Alors, je ne sais finalement qui de nous deux mériterait une certaine forme de psychanalyse, certainement nous tous. 

 

Enfin, ayons l’honnêteté de reconnaître que le gouvernement actuel ne souhaite qu’une seule chose pour nos départements : qu’ils sortent du giron de la République. Reconnaissons aussi que le vote de 2003 sur l’évolution institutionnelle doit être pris pour ce qu’il est : la réaffirmation de la majorité de nos concitoyens pour un ancrage solide de la Guadeloupe dans la République. Mais toujours avec ses contradictions : Dans le même temps, nous ne cessons de revendiquer avec raison la reconnaissance de nos spécificités culturelles – et le mouvement social initié par LKP a été aussi l’occasion de manifester avec éclat la fierté d’être guadeloupéen, au sens de l’identité culturelle –, mais nous sommes frileux dès lors qu’il s’agit de se construire une identité politique propre. Nous ne cessons d’affirmer notre guadeloupéanité – avec ce qu’elle a aussi de négatif, notamment l’exacerbation du sentiment nationaliste, toujours fermé à l’autre et si peu universaliste –, et paradoxalement, nous ne souhaitons pas envisager ne serait-ce qu’une autonomie même atténuée.

 

Alors, soyons honnêtes une fois pour toutes : Si les guadeloupéens demandent l’indépendance, ils l’obtiendront. Le problème est donc d’abord guadeloupéo-guadeloupéen.  D’où la nécessité de débats de fond, et d’espace public traversé par ces débats. C’est ce que nous tâchons aussi de faire à travers nos échanges écrits. Et je vous suis très reconnaissant de condamner de façon explicite toute attaque ad hominem. Car celles-ci ne permettent pas les débats. Je suis pour ma part disposé à ce que prochainement nous puissions en toute sérénité et apaisement débattre de vive voix avec tous ceux qui le souhaitent.

Dans l’attente de vous lire.

 

Bien cordialement. David Dahomay.

 



Tout moun gran
« Tout moun gran », avait coutume de dire mon père lorsque,

roulant des mécaniques d’adulte débutant, je m’en remettais quand même à ses réponses lorsque ma propre vie m’interrogeait. Je lui en ai longtemps voulu, sans m’avouer qu’ayant posé les pieds dans la vie adulte, il fallait que la tête lâche l’enfance. Il y a longtemps qu’il n’est plus de ce monde. Aujourd’hui que je navigue vers son âge, je voudrais, comme un hommage, le répéter à mes amis. Tout moun gran. Le LKP est assez grand, ou pour se tuer tout seul, ou pour capitaliser par lui-même sa courte et formidable expérience. Les initiateurs du texte intitulé « « Soutenons les luttes sociales mais défendons les principes démocratiques » sont assez grands, qui pour continuer à soutenir et défendre ce qui leur chante, qui pour assumer le destin du même texte devenu pétition. Je ne ferai rien de tout cela à leur place. Je n’en ai ni le désir ni la capacité. Mon choix est de postuler pour tous de très bonnes intentions. Et lorsque ces bonnes in-tentions pavent le chemin d’un enfer non désiré, j’appelle amicalement à la vigilance. Je pointe les dangers que j’aperçois, certes, mais je ne vais pas aller les forcer ni leur faire la leçon…Tout moun gran. Qu’ils tirent eux-mêmes leçons de leurs glissades ou faux pas et, du coup, ils dévoileront la nature de leur projet, « les moyens modelant nécessairement la fin », comme l’écrit pertinemment Caroline Oudin-Bastide 1! Je suis un tantinet consensuel, mes amis. Ce n’est pas une maladie honteuse, que je sache. Mais, pour être plus précis, que suis-je ? Un partisan de l’Indépendance de la Guadeloupe. Cela signifie que pour moi la Guadeloupe n’existe pas encore ; que la qualification de Département et Région de l’Outremer français du pays où je vis atteste que le vrai pouvoir politique est étranger. On l’appelait officiellement colonie, c’est-à-dire, territoire exploité et dominé par un Etat extérieur. Depuis 1946, l’Etat français y a calqué les institutions de la France, ce qui fait que, de consultations en consultations, de vote en vote, le peuple a appris à accepter voire réclamer cette privation de souveraineté. L’arme de la persuasion a surpas-sé le fusil et la trique. Les armes qui tuent ou blessent, ça vous fait des révoltes, des morts, des martyrs, puis des commémorations à tout berzingue. En somme, ça vous fabrique de l’anticolonialisme. Tandis que des médias aux ordres, une armée d’enseignants respectant scrupuleusement le programme, des élus préposés à l’intendance, des intellectuels d’autant plus prévisibles qu’ils sont organiques de la république française, ça vous fait des assimilés, pas toujours commodes, mais assez réussis dans l’ensemble.. C’est pourquoi je reste indépendantiste. Et c’est pourquoi, lorsque je pense démocratie, je pense konplo a nèg, pacifiques ou belliqueux on s’en fout, pourvu qu’ils soient concertés, donc fruits de l’intelligence commune des Guadeloupéens contre la fausse démocratie colo-niale. Et non konplo a chyen. C’est avant tout le liyannaj de tous les anticolonialistes que je Si d’aventure il peut s’élargir aux démocrates, ce ne sera jamais pour conforter ce « déjà là » qui nous infantilise. De ce point de vue, je ne fais aucune concession idéologique aux soutiens de la domination coloniale, qu’ils soient les appendices de la droite ou de la gauche française, voire même d’une certaine gauche de la gauche. Cela dit à seule fin de me situer, s’il en était encore besoin, j’ajoute que je suis fidèle. Fidèle à cet idéal et non à un quelconque appareil politique, fût-il indépendantiste. Il y a longtemps que ce type de fidélité organique a quitté ma vie, tout simplement parce qu’elle doit rester là pour le pire et le meilleur à essuyer les plâtres. L’expérience m’a montré qu’elle émarge souvent au registre de la lâcheté, flanquée des deux gardes que sont la paresse intellectuelle et la discipline de chapelle. En politique comme en amour, ce genre de fidélité, qui carbure au mensonge muet, ressemble à s’y méprendre à de la trahison. C’est pourquoi je signe de mon nom tout ce que j’exprime. Et j’aimerais que tous ceux qui sont censés le faire plus faci-lement que le citoyen Lambda, les intellectuels en particulier, s’expriment chacun, en évitant le plus possible de s’abriter derrière la moindre initiative pétitionnaire…Tout moun gran. Donc, je persiste et signe ma recommandation au LKP de chercher lui-même ses erreurs éventuelles, avec l’honnêteté et le recul nécessaire. Pas davantage. Parce que je ne fais pas semblant de croire que nos élus, Congrès ou pas, fussent-ils désignés par le suffrage univer-sel, aient jamais été des foudres de guerre en matière de débat public. S’ils l’étaient un tant soit peu, que n’aurions nous pas débattu des questions fondamentales du pays, tout le temps, dans tous les espaces possibles, menm anba mango, même maintenant qu’il n’y a pas eu de Congrès ! A d’autres !... Ce Congrès avorté n’était pas le jour J de la démocratie guadeloupéenne, de « la représentation de soi élaborée dans un espace critique »2. Rien de cette nature n’a avorté qui ne le fasse déjà, faute de libre pensée ou de pensée tout court, chaque heure et chaque jour, dans nos grands hémicycles et nos municipalités. Sinon, ça se saurait. Je désapprouve et regrette profondément le recours fréquent du LKP aux injures et aux menaces quand il s’agit de débattre. Mais il faut aussi se demander pourquoi l’affect se dé-verse à ce point, jusqu’à couvrir ces récentes belles paroles et ces grandes marches de pro-testation qui nous émouvaient tant « comme si tout un peuple là rassemblé exprimait toute sa douleur existentielle »3. Pourquoi ne s’agirait-il pas toujours d’une manière de cri de dou-leur ? Mais, cette fois, d’une manière bien connue d’injurier la maman d’un caillou pointu qui se glisse inopinément dans vos chaussures en pleine marche. Ça ne résout rien, mais ça fait du bien par où que ça passe. Nous sommes dans les circonstances d’un combat social où personne ne fait de cadeau à personne, non d’un dîner de gala où l’on s’échange bons mots et politesses. Vous faîtes un faux pas et l’adversaire en profite pour chercher à vous jeter. Vous dîtes un mot malheureux, et il en profite pour vous traiter de voyou. Parfois cela suffit pour qu’une poignée d’alliés fragiles se retourne. Mais qu’est-ce qui vous empêche de vous expliquer calmement avec ces amis, qui disent vous vouloir tant de bien, au lieu de les envoyer paître ? Vous sentez poindre une menace, alors vous vous mettez en position défensive. Puisque vous avez la foule avec vous, qu’il faut la maintenir à la température idéale et que votre principal moyen de chauffage est le meeting, c’est la propagande émotionnelle qui prime. Vous avez peu recours à l’écrit, qui demande plus de recul, une attitude studieuse, apaisée et plus rationnelle. En guise d’écrit, vous n’avez que la reproduction au mot près de vos harangues, ce qui n’arrange pas les choses. Une partie du problème est là.

A ce stade, je voudrais confirmer à l’amie Caroline Oudin Bastide que c’est bien d’ironie qu’il s’agit lorsqu’à propos de la pétition « Soutenons les luttes sociales mais défendons les principes démocratiques » je parle de « symphonie des cris de vierges effarouchées »4. Je pense précisément, parmi les initiateurs, à ces « vieux routiers de la politique, déflorés de-puis longtemps »5. Avoue-le, Caroline : de fausses vierges jouant aux nonettes, c’est une provocation à l’ironie ! Car, enfin, nos bons vieux amis étaient payés pour imaginer la suite d’une initiative aussi ambiguë : une pétition lancée à la cantonade ne se réduit jamais à ses seuls initiateurs. Et j’entends Jacky Dahomay dire « … je croyais que le LKP nous aurait invité à discuter… »6 Tant d’angélisme chez un vieux de la vieille, et surtout après le coup, ça me laisse abababa ! Quand on veut discuter, on crée d’abord un climat propice. On ne commence pas par ameuter, sous prétexte de débat au grand jour. Là, le philosophe, que j’ai toujours en grande estime, s’est transformé tout simplement en pipelette, limite « makan-da ». Question de profil psychologique et non de qualité intellectuelle, ça va de soi. Quand, de la main gauche, le philosophe voulait de la hauteur, de la main droite, le pétitionnaire rameutait du bric et du broc, du bon grain et de l’ivraie, de doux démocrates et des élus revanchards, de vrais margoulins et de vraies fausses pucelles, sans oublier les Amédée Adélaïde et autres Edouard Boulogne qu’on ne présente plus. Des gens dont on est sûr que la plupart, s’ils avaient pris la plume individuellement, auraient défendu comme d’hab. les sacro-saints « principes démocratiques » en colonie, mais jamais « les luttes sociales ». Voilà comment les moyens modèlent la fin : on commence à bêler en agneau pour finir par hurler avec les loups et l’on a le toupet de réclamer une bergerie ! On voudrait tuer dans l’oeuf tout débat fraternel, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Maintenant, c’est au LKP de se hisser à la hauteur des espoirs qu’il a su si bien lever. Cette Guadeloupe que nous avons vue debout et digne, et qui a forcé l’admiration du monde, mé-rite bien cela. Mettons ce fâcheux épisode derrière nous, non sans en avoir tiré toute la substance ! Et commençons franchement, dès maintenant, le pays dont nous rêvons ! Com-mençons le tous, autant que nous sommes, avec nos petites différences voire même nos désaccords tactiques ou philosophiques, mais en sachant enfin faire démocratie pour nous. Afin de mieux renforcer et enchanter notre grande ressemblance anticolonialiste. Sortir de l’ornière stérilisante et consumériste, n’est-ce pas au bout du compte de cela qu’il s’agit ?

Ce vrai débat que j'appelle de mes voeux n'a de sens, bien évidemment, que si nous nous définissons encore comme anticolonialistes… Non, chère Caroline, là, ce n'est pas de l'ironie, mais le sens de toute projection.

 

Frantz SUCCAB

 1 Contribution de C. Oudin-Bastide : « La vie démocratique n’est pas une retenue d’eau »

2 La foule, le peuple et l’amitié (Lettre de Jacky Dahomay à Frantz Duhamel)

 3 Jacky Dahomay, Op Cit

4 Ma contribution « La vie démocratique n’est jamais un long fleuve tranquille »

 5 C. Oudin-Bastide Op.cit

6 Op.cit

 

 

 

 

 

Publié dans refonder la gauche

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birahima2 25/05/2009 22:15

vu de France :
Le LKP a tenu longtemps, le mouvement a duré
Tant mieux
et deuxièmement c'est vrai : pétition, piège à cons
je suis portée à soutenir Succab dans sa demande d'indépendance et les Dahomay quand il s'agit de dire que cela se prépare par une éducation populaire, parce qu'on ne passe pas de l'état de semi-esclave à celui d'homme libre
Pourquoi le mot indépendance devrait-il faire peur ?
Sur le plan social, la départementalisation n'est pas un échec
et la départementalisation ne doit pas être confondue avec les "bienfaits" ou les "méfaits" de la colonisation, en effet
sinon c'est perpétuer l'esprit colonial
Mais qu'est ce que cette demande d'autonomie ?
Si elle doit se réduire à maintenir les acquis de la départementalisation, c'est perdu d'avance avec l'autonomie
c'est aussi des mots de style colonial de véhiculer l'expression " sortir du giron de la République"
car
la problème, c'est plutôt qu'on a une République en dessous de la ceinture, en fait
par ailleurs, c'est pas parce que le peuple doit, paraît-il se serrer la ceinture, que un grand nombre de marcheurs du LKP ne devraient pas penser à faire un petit régime minceur voyez...
( remarquez qu'ici il y a aussi des gros qui font le tour des remparts des villes en manifestant et qui ont voté )

j'essaie d'imaginer l'autonomie, on me dit que la Martinique est en avance ? Ah bon
alors ça veut dire que en Guadeloupe, quand vous achetez une C2 citroën, vous poireautez dans un local sans la climatisation ( ça tombe bien, je trouve que clim = hérésie) et sans la télé ( génial)
Même situation à la Martinique, y'a la clim, un écran plat qui envoie les images, comme ça, tu parles surtout pas avec les autres personnes dans le local tellement le son hurle

Qui a mérité ça ?
Qui a mérité d'avoir au second tour des présidentielles le choix entre les deux que vous savez ?
Qu'est-ce qu'on a fait pour mériter ça ?

vu de France, que vous demandiez l'indépendance, perso, je dirais bravo, moi je n'en ai rien à faire de la Guadeloupe, mes vieux et moi, on n' a rien à voir avec les esclavagistes ; qu'il y ait une responsabilité de l'Etat français, ça c'est autre chose, mais mes vieux et moi , on n'a pas à payer pour ça et on comprendrait bien, comprenez qu'on vous dirait pas que vous êtes trop précoces.


Sur ce , je ne sais pas vous, mais j'ai apprécié le monde diplomatique de mai.
je ne sais pas vous, mais moi, c'est le seul journal que j'arrive à lire.
(enfin, je dis ça pour essayer de passer à autre chose).