Citations du Jour

« La différence décisive entre les « impossibilités infinies » sur lesquelles repose la vie terrestre et humaine et les événements miraculeux dans le domaine des affaires humaines elles-mêmes tient naturellement au fait qu’il existe ici un thaumaturge [un faiseur de miracles], et que l’homme lui-même possède manifestement le don miraculeux et mystérieux de faire des miracles. Ce don, nous l’apprenons, dans le langage courant et éculé, l’agir. C’est à l’agir qu’il revient en particulier de déclencher des processus dont l’automatisme ressemble ensuite beaucoup à celui des processus naturels, et c’est à lui en particulier qu’il revient de prendre un nouveau commencement, d’inaugurer quelque chose de neuf, de prendre l’initiative ou, pour le dire de façon kantienne, de commencer soi-même une chaîne. Le miracle de la liberté consiste dans ce pouvoir - commencer, lequel à son tour consiste dans le fait que chaque homme, dans la mesure où par sa naissance il est arrivé dans un monde qui lui préexistait et qui perdurera après lui, est en lui-même un nouveau commencement. »

 

Hannah ARENDT,  Qu’est-ce que la politique ?



 « Et nous voilà prêts à courir le grand risque yankee.

Alors encore une fois attention !

L’américaine, la seule domination dont ne réchappe pas. Je veux dire dont on ne réchappe pas tout à fait indemne. Et puisque vous parlez d’usines et d’industries, ne voyez-vous pas, hystérique, en plein cœur de nos forêts ou de nos brousses, crachant ses escarbilles, la formidable usine, mais à larbins, la prodigieuse mécanisation, mais de l’homme, le gigantesque viol de ce que notre humanité de spoliés a su encore préserver d’intime, d’intact, de non souillé, la machine, oui jamais vue, la machine, mais à écraser, à broyer, à abrutir les peuples ?

En sorte que le danger est immense…

En sorte que, si l’Europe occidentale ne prend d’elle-même, en Afrique, en Océanie, à Madagascar, c’est-à-dire aux portes de l’Afrique du Sud, aux Antilles, c’est-à-dire aux portes de l’Amérique, l’initiative d’une politique des nationalités, l’initiative d’une politique nouvelle fondée sur le respect des peuples et des cultures ; que dis-je ? si l’Europe ne galvanise les cultures moribondes ou ne suscite des cultures nouvelles ; si elle ne se fait réveilleuse de patries et de civilisations, ceci dit sans tenir compte de l’admirable résistance des peuples coloniaux, que symbolisent actuellement le Viêt-nam de façon éclatante, mais aussi l’Afrique du R.D.A. , l’Europe se sera enlevé à elle-même son ultime chance et, de ses propres mains, aura tiré sur elle-même le drap des mortelles ténèbres… »

 

Aimé Césaire, Discours sur le Colonialisme, 1955