Pour nourrir le débat

Publié le par David Dahomay

 Vincent Tacita à 17:08, le 24 janvier

Les réponses vont pleuvoir concernant certains passages (tous ?) du texte d'Ernest. Aussi imparfaits sommes nous, on biten ka pasé an péyi-la sé jou la sa. O yo ?

 

 David Dahomay à 18:09, le 24 janvier

Cher Vincent,
Sera-ce une averse d'invectives ou plutôt d'intimidations ? Car une partie du mouvement nationaliste, héritier des mouvements marxistes-maoïstes des années 70-80 (je peux en parler de l'intérieur, mon père dans sa jeunesse en fit partie) a gardé les travers « macoutiques » de la haine de toute pensée dissidente, ou en clair la haine de l'intellectuel. Nous souffrons en Guadeloupe de la haine de nous-mêmes, et donc de la haine des autres (ou pour employer l'expression de Pepin de cannibalisme). Comment s'étonner dès lors de la montée de la xénophobie haïtienne, ou chinoise, ou… ? La Guadeloupe doit impérativement se réconcilier avec ses intellectuels, et se réconcilier avec le débat public, et non avec les forums interactifs populistes.

Car débattre sur la place publique - et tout particulièrement sur les radios lors d'émissions ouvertes à tous - suppose la responsabilité de ses propos - et donc en finir avec l'anonymat -, le respect de l'autre, et la rationalité.
Enfin, en ce qui mon concerne, syndicalement j'adhère au mouvement, mais en tant que citoyen soucieux des lendemains de liesse populaire, j'ai peur que nous n'ayons très vite la gueule de bois. Car une fois les quelques miettes de nos revendications offertes en pâture, que restera-t-il des aspirations si floues en terme politique de ce grand mouvement populaire ? Il est temps de retrouver une Guadeloupe apaisée, mais fière d'elle-même et de la richesse de sa diversité, et qui sait où elle va. Cela suppose maintenant d'aller sur le terrain politique: je suis prêt avec d'autres à relancer le débat sur l'évolution institutionnelle. Mais une collectivité unique autonome ne doit pas être pour autant le miroir aux alouettes.

Cela suppose l'intelligence, la compétence, et l'esprit de responsabilité.
Plaçons-nous maintenant résolument sur le terrain politique, en terme de propositions constructives, fortes et viables. Il est temps, il est grand temps cher ami de penser la Guadeloupe de demain.
Et pour finir, j'espère que mon positionnement à contre-courant ne me vaudra pas - mais j'en ai maintenant l'habitude - la qualification de "faux guadeloupéen". Comme un auditeur sur une radio locale l'avait affirmé parce que je défendais les étrangers haïtiens : "tu n'es pas un vrai guadeloupéen!". Mais à dire vrai cela ne m'émeut plus!
Bien à toi cher ami.


Vicent Tacita :

Mon David,

Si j'adhère aux propos que tu évoques ici, ceux d'Ernest m'ont choqué et je ne pense pas avoir été le seul. Les questions qui lui ont été posées par la journaliste consensuelle d'hier soir en sont la preuve.

Loin de moi l'idée de jeter en pâture les intellos de ma Guadeloupe. Espésyalité an mwen, sé "jus de cervelle". Le pire, c'est que j'aime ça. Dans le même temps, mon activité professionnelle me conduit à m'interroger chaque jour sur le "nous", sur nos motivations et comportements. Je dois avouer que souvent, ça fait mal, mé sé nou kant menm ! Sa mwen vlé di sé kè péyi la sa péké fèt, péké grandi san nou tout.

Comme toi, depuis ma jeunesse, mes parents m'ont nourri à la mamelle d'idéaux, de justice, de responsabilité et de dignité (sa ka fè onlo). Je n'ai donc pas grand mérite à écouter, à accompagner à être en cohérence avec moi-même et donc finalement à descendre dans les rues ces jours-ci.

Quand j'entends donc certains dire que "quand les gens auront faim, ils arrêteront la grève" - certes il ne s'agissait pas d'Ernest", je suis au moins surpris, pour rester courtois. Même si ces propos sont vrais, ils auraient valu à leur auteur une sévère mise en garde à d'autres époques... Propos qui ont d'ailleurs été dits lors d'une négociations sur la place de la victoire il y a plus de 40 ans.

Tu sais, il est évident que le caractère kaléidoscopique du collectif fait que forcément la base prend parfois l'allure d'une bouillabaisse. Je sais que je défile avec des personnes qui ne partagent pas du tout l'ensemble de mes opinions ; je ne partage pas non plus l'intégralité des leurs.

J'ai reçu des injures, comme beaucoup d'entre nous, quand je suis allé manifesté - en béquilles - contre Ibo Simon il y a une dizaine d'années. Et alors ? Le fait est que ces personnes qui nous envoyaient des mots d'oiseaux vivent ici et sont Guadeloupéens.

La meilleure façon que nous avons à leur répondre est d'être présents, tout le temps, en essayant d'expliquer, toujours et encore.

Le support n'a pas d'importance: la rue, le net, la presse. Il s'agit de communication : comment toucher des gens qui n'achètent pas la presse, ne sont pas sur FB ou sont scotchés sur TF1 ? Reste pê la rue, les associations, les sports urbains etc. Tout ces supports se valent.

Pour rester sur Ernest, je n'aime simplement pas les généralités, surtout quand elles sont négatives à l'égard d'un peuple en construction. Je n'en prends que quelques unes pour finir :

"- Nous sommes, le plus souvent, de piètres chefs d’entreprise.

- Nous sommes le plus souvent des petits tas d’égoïsmes et au mieux des petites bandes de corporatismes.

- Nous sommes, le plus souvent, de mauvais maris, de mauvaises épouses et pour finir de mauvaises familles.

- Nous sommes, le plus souvent, une société violente au niveau des individus et au niveau du collectif.

- Nous sommes le plus souvent des viveurs au jour le jour, des jouisseurs inconséquents. Toutes les industries du loisir le savent : boite de nuit, sex-shop, déjeuner champêtre, hôtels, Midi-minuit. Etc.

- Nous sommes le plus souvent des travailleurs toujours en grève, en congé, en dissidence, en ruse et en laxisme"

Comme je ne me reconnais dans aucune de ces catégories - vou menm non plis, an sèten - je jette le bébé avec l'eau du bain... pour ce coup-ci. Car l'homme est, je pense intelligent. J'ai la faiblesse de penser qu'il s'agissait d'un texte incendiaire,  volontairement cynique pour pousser à régir.

Je te rejoins sur le risque de gueule de bois, comme dans toute négociation, partout dans le monde ! Quoiqu'on puisse penser, ce n'est pas (encore) le grand soir en Guadeloupe.

Peace out boug an mwen, lèw vlé nou ka kontinyé ti pawòl-la. Sa byen bon

 

David Dahomay :

Cher Vincent,
Merci d'avoir pris le temps de me répondre. Il est toujours bon en effet d'échanger, quelles que soient nos divergences; c'est ce à quoi j'aspire pour la Guadeloupe : un véritable débat public. Il y a des points importants dans ce que tu dis, et je trouve que tu fais une "introspection" intéressante. Certes, tu cites de Pepin certainement le passage le plus contestable. Mais il faut d'abord voir son texte comme un cri du cœur, un état d'âme d'un guadeloupéen qui espère depuis longtemps, mais qui est lucide sur son pays. La lucidité devrait être la première qualité humaine.
Ceci étant, si nous devions faire une analyse plus fine de ce mouvement, au-delà des revendications syndicales strictes, j'y vois d'abord beaucoup d'exaltation du sentiment national, mais très exacerbé. Or, le nationalisme guadeloupéen a quelque chose d'antihumaniste, comme la plupart des nationalismes à travers le monde et l'histoire. Il nous enferme en nous-mêmes, nombrilistes, et nous empêche de s'ouvrir aux autres et au monde. Nous n'avons toujours pas je crois compris le message de Césaire, et encore moins celui très récent d'Obama : Il y a chez ces deux figures une invitation sous-jacente à toujours lever les yeux vers le ciel, pour interroger ces espaces infinis, afin ensuite d'appréhender notre si infime dimension planétaire, et de tenter de dégager du sens à tout cela. Et c'est la conscience omniprésente de cette thaumaturgie du fait de "l'impossibilité infinie de la vie terrestre" qui nous donne indubitablement ensuite une curiosité dévorante pour l'autre comme singularité incommensurable. Mais nous sommes déjà bien loin du nationalisme antillais.

Enfin, le nationalisme guadeloupéen à mon sens tourne en rond, car il n'a pas su jusqu'à ce jour transcender son nationalisme identitaire en projet politique viable, et donc capable de convaincre la majorité. Enfin, penser aujourd'hui, sans rien oublié du passé bien entendu, la Guadeloupe comme un pays toujours colonisé nous conduit à une inévitable schizophrénie, car nous avons en conscience choisi la départementalisation, et nous avons refusé en 2003 le changement statutaire. L'Etat français aujourd'hui rêverait de nous accorder l'indépendance si nous la souhaitions vraiment. Donc arrêtons de se raconter des histoires. Il est toujours plus facile d'être dans un nationalisme culturel que de décider vraiment de prendre son destin en main. Et cela conduit à un rapport purement instrumental avec la République. On ne cesse d'exiger plus, mais on se refuse à intégrer la communauté républicaine des citoyens. Je vais contribuer prochainement par un texte à relancer le débat sur le changement statutaire. Car on peut penser en universaliste - comme Césaire - l'autonomie, sans pour autant en rester à un nationalisme étriqué qui, je crois, a vraiment fait son temps.
Au plaisir d'échanger. Bye.

 

 

 


 

Autres réflexions, non liées aux échanges ci-dessus: 

Se pourrait-il aussi que ce mouvement se voulant pourtant populaire ait lui-même des inclinations  populistes ? Car au-delà des revendications écrites sur le papier ô combien légitimes, je me demandais encore récemment quel lien pouvait unir des associations et organisations aux idéologies et finalités si diverses, sinon l’exacerbation du sentiment national – « l’éta francè colonialist », « préférence gwada », et cætera, et cætera - ? Mais des revendications de type purement identitaires et donc culturelles, sans pour autant que des propositions véritablement politiques aient été posées. Dommage. C’est peut-être aussi tout le drame des mouvements nationalistes d’il y a vingt-trente ans : des revendications de type nationalistes, mais sans véritable projet politique viable derrière : l’indépendance d’accord, mais pour quel Etat, avec quelle Constitution, sous-tendue par quels grands principes ? Et enfin, avec quelle système économique viable en lien avec notre démographie ? En effet, il est toujours certes plus facile d’avoir comme éternel bouc-émissaire « l’éta francè », que de rentrer dans une optique de prendre réellement son destin en main. S’y ajoute – n’en déplaise à mes amis marxistes – en plus une vison marxiste de nombre de ces leaders, dans l’attente du Grand Soir, et dont les propositions en terme de système économique sont tout simplement irréalistes.

C’est pourquoi je considère pour ma part que la Martinique – est-ce le miracle « césairien » qui pèse de tout son poids ? – a un train, ou si l’on préfère un tramway d’avance sur nous ! Ils sont déjà dans l’optique de l’article 74. En lieu et place de mouvements populistes nationalistes aux finalités et comptes à régler politiques obscurs, elle investit véritablement le débat politique !

Il y aurait pour autant quelques remarques à faire sur certaines positions de figures politiques martiniquaises, du côté du PPM comme du côté des présidents des collectivités. Nous les ferons en temps et en heure. Mais il n’empêche, souhaitons que l’opinion publique martiniquaise cette fois-ci se saisisse de cette si fondamentale question pour nos petits DFA.

Alors, personnellement, je suis, très modestement prêt à relancer le débat sur l’évolution institutionnelle : celle-ci est de toute façon inéluctable. J’y contribuerai par un prochain texte.

Mais en attendant, soyons très circonspects sur le mouvement en cours, car il n’est pas certain que nous maitrisions ses schèmes téléologiques.

 

David Dahomay.

 

Publié dans refonder la gauche

Commenter cet article

charlec 28/01/2009 21:08

salut la compagnie C'est un cammarde socialiste qui m'a aiguillé vers vous ou toi?Je suis Martiniquais mais de la vielle ecole cele de la resposabilite alors mes propos sont parfois dures avec la chienlit comme disait degaulle qui n'etais pas mon maitre a pense Je suis un humaniste convaicu que eul l'homme a son destin en main On peut toujours vroire a une providence quelconque Mais ce qui dans l'au delà l'on rencontrer car leur silence est eloquent ne sont jamais revenu nous dire ce qui s'y passe ausi pour l'heure actelle c'est notre vie materielle qui s'entrouve boulverser Avec une desinvolture e nos politique qui nous rejettent la faute sur le dos Jesouhaite un monde heureux et on en est loin Qu'en penses tu?

Abigaïl 28/01/2009 20:59

Chers camarades,


Je partage vos opinions, mais je reste quand même étonnée que la dernière réflexion de Jacky ne soit pas encore sur le blog.

Nous avons tous été ses élèves, lui peut se permettre, son implication d'antan, lui donne le droit de tirer des conclusions. Il s'est engagé, réellement, son combat n'était pas uniquement de l'ordre des idées! Qu'a fait l'autre, pour donner des leçons?? Il a écrit des poêmes, des romans, a bien profité du système!!

Mais, et cette réflexion est adressée à vincent, attention, que tout ce que nous réclamions ne fasse pas de notre île un Eldorado pour français de France n'aimant pas "le jus de cervelle", mais les avantages financiers.

Toute cette lutte, dans laquelle TOUS, nous, non français de France, souffrons, pourrait profiter à d'autres. Que restera-t-il pour nos enfants, l'horizon, voire la direction de la mer.

"La Caraïbe ne nous appartient pas, c'est uniquement pour travailler qu'on nous a emmener là, l'abolition de l'esclavage physique théoriquement, on l'a!!!!!!" Et comme tu le dis, qui seront nos prochains maîtres??

C'est un tribunal pour crimes contre???? L'Etat est au banc des accusés, cela commence à agacer, et les soutirés de ce même état sont décontenancés que son eternel protecteur n'ait pas encore tiré!

On parle d' Obama, mais Mandéla c'était retrouvé perplexe devant l'ambiguité de notre statut politique.

Il faut que nous fassions des choix. Nul ne peut par les temps qui courent avoir "le beurre, l'argent du beurre, la beurette, ça vaut du beurre et en plus qu'on t'accueille avec un sourire".



Tout ce que nous obtiendrons, par la souffrance, nous n'en profiterons pas, et David tu le sais, c'est déjà le cas dans l'éducation.

Je vous aime, vous êtes mes frères, mais je souffre quand même!!!



Les français vont déjà se récupérer à l'aéroport, ils connaissent leur terre, avec 200 euros d'augmentation, peu de guadeloupéens seront embauchés?!! Ils sont tous des expatriés, avec Salaire, primes, logement de fonction, 4x4 de fonction, bâteau défiscalisé, chèques restaurant, vacances payées pour aller voir la famille en décembre, et putes de fonction les weekend de fête. Et même le dernier avantage ce sont des gens parlant espagnole qui en profitent, au moins elles ne font pas de procés.



Nos CHEFs d'entreprise Nègres veulent les mêmes avantages, et surtout le dernier, eux aussi investissent à Saint Domingue?????????????



J'aime l'instant, j'aime ce tribunal, mais je crains la fin.

Abigaïl 28/01/2009 20:59

Chers camarades,


Je partage vos opinions, mais je reste quand même étonnée que la dernière réflexion de Jacky ne soit pas encore sur le blog.

Nous avons tous été ses élèves, lui peut se permettre, son implication d'antan, lui donne le droit de tirer des conclusions. Il s'est engagé, réellement, son combat n'était pas uniquement de l'ordre des idées! Qu'a fait l'autre, pour donner des leçons?? Il a écrit des poêmes, des romans, a bien profité du système!!

Mais, et cette réflexion est adressée à vincent, attention, que tout ce que nous réclamions ne fasse pas de notre île un Eldorado pour français de France n'aimant pas "le jus de cervelle", mais les avantages financiers.

Toute cette lutte, dans laquelle TOUS, nous, non français de France, souffrons, pourrait profiter à d'autres. Que restera-t-il pour nos enfants, l'horizon, voire la direction de la mer.

"La Caraïbe ne nous appartient pas, c'est uniquement pour travailler qu'on nous a emmener là, l'abolition de l'esclavage physique théoriquement, on l'a!!!!!!" Et comme tu le dis, qui seront nos prochains maîtres??

C'est un tribunal pour crimes contre???? L'Etat est au banc des accusés, cela commence à agacer, et les soutirés de ce même état sont décontenancés que son eternel protecteur n'ait pas encore tiré!

On parle d' Obama, mais Mandéla c'était retrouvé perplexe devant l'ambiguité de notre statut politique.

Il faut que nous fassions des choix. Nul ne peut par les temps qui courent avoir "le beurre, l'argent du beurre, la beurette, ça vaut du beurre et en plus qu'on t'accueille avec un sourire".



Tout ce que nous obtiendrons, par la souffrance, nous n'en profiterons pas, et David tu le sais, c'est déjà le cas dans l'éducation.

Je vous aime, vous êtes mes frères, mais je souffre quand même!!!



Les français vont déjà se récupérer à l'aéroport, ils connaissent leur terre, avec 200 euros d'augmentation, peu de guadeloupéens seront embauchés?!! Ils sont tous des expatriés, avec Salaire, primes, logement de fonction, 4x4 de fonction, bâteau défiscalisé, chèques restaurant, vacances payées pour aller voir la famille en décembre, et putes de fonction les weekend de fête. Et même le dernier avantage ce sont des gens parlant espagnole qui en profitent, au moins elles ne font pas de procés.



Nos CHEFs d'entreprise Nègres veulent les mêmes avantages, et surtout le dernier, eux aussi investissent à Saint Domingue?????????????



J'aime l'instant, j'aime ce tribunal, mais je crains la fin.